Jean Prouvé n'a jamais été architecte, et il tenait à ce mot : il se disait constructeur. Fils de peintre, formé à la forge avant de l'être au calcul, il a passé sa vie à démontrer qu'un bâtiment pouvait sortir d'un atelier comme en sort une pièce de série, plié, boulonné, transportable, remontable ailleurs.
Son parcours tient dans un déplacement : de la ferronnerie d'art vers la tôle pliée. L'Exposition des arts décoratifs de 1925 lui fait abandonner le fer forgé pour la soudure et l'acier mince ; quatre ans plus tard il dépose ses premiers brevets sous le titre de constructeur, et fonde avec ses amis l'Union des artistes modernes. Meubles, cloisons, façades, maisons entières : tout sort des mêmes machines.
Les Ateliers de Maxéville, qu'il installe près de Nancy en 1947, sont le sommet de cette idée, une usine où l'on dessine et où l'on fabrique dans la même journée. C'est de là que sortent, en 1950, les deux écoles démontables de Bouqueval et de Vantoux. Deux ans plus tard, ses actionnaires lui en ferment la porte. Il en parlera comme d'une mort.
La seconde moitié de sa vie est celle d'un homme sans usine : un bureau d'études à Paris, le département bâtiment de la CIMT et l'invention du mur-rideau, une chaire au Conservatoire national des arts et métiers où il enseigne pendant treize ans à lire les objets techniques. En 1971, président du jury d'un concours parisien, il impose le projet de deux inconnus, Renzo Piano et Richard Rogers : le Centre Pompidou sera une structure d'acier, une façade modulaire, des plateaux libres. Ses principes, bâtis par d'autres.
La galerie occupe l'une de ses deux écoles. C'est la raison de cette page : on ne peut pas exposer dans une trame sans savoir qui l'a tracée.

- 1901
- Naît à Paris le 8 avril, deuxième de sept enfants. Son père Victor Prouvé peint et préside l'École de Nancy ; sa mère Marie Duhamel est pianiste
- 1916-1919
- Beaux-Arts de Nancy, puis apprentissage chez le ferronnier Émile Robert à Enghien-les-Bains : il apprend le métal par la main avant de l'apprendre par le calcul
- 1924
- Ouvre son atelier de ferronnerie rue du Général-Custine, à Nancy — grilles, rampes et ferrures pour toute la Lorraine
- 1925
- L'Exposition des arts décoratifs le détourne du fer forgé : il passe à la tôle pliée, à l'acier mince et à la soudure
- 1929
- Membre fondateur de l'Union des artistes modernes. Premiers brevets déposés sous le titre de constructeur : cloisons mobiles, portes métalliques, fenêtres à guillotine
- 1931
- Fonde les Ateliers Jean Prouvé, rue des Jardiniers. Le meuble et le bâtiment sortent désormais des mêmes machines
- 1936
- Acquiert une presse capable de plier quatre mètres de tôle. Maison du Peuple de Clichy, avec Beaudouin, Lods et l'ingénieur Bodiansky
- 1939-1944
- Des centaines de baraques démontables pour l'armée, puis production de guerre. Il entre dans la Résistance
- 1944
- Nommé maire de Nancy à la Libération, de septembre au printemps suivant
- 1947
- Les Ateliers quittent Nancy pour l'usine de Maxéville : on y dessine et on y fabrique dans la même journée
- 1950
- Écoles démontables de Vantoux et de Bouqueval, avec Henri Prouvé. La même année, la Maison Tropique est montée à Maxéville avant de partir pour Niamey
- 1952
- Ses actionnaires lui interdisent l'accès à Maxéville ; il démissionne. « Je suis mort en 1952 », dira-t-il
- 1954
- Pavillon du centenaire de l'aluminium, cent cinquante mètres de long, monté en trois semaines sur les quais de Seine. Il se bâtit la même année une maison à Nancy, sur un terrain qu'on disait inconstructible
- 1956
- Maison des jours meilleurs, réponse à l'appel de l'abbé Pierre : montée en sept heures, refusée par les services techniques
- 1957-1970
- Chaire d'arts appliqués au Conservatoire national des arts et métiers. Au même moment, la CIMT lui confie son département bâtiment : c'est l'époque des murs-rideaux
- 1963
- Prix Auguste-Perret, décerné par l'Union internationale des architectes
- 1971
- Préside le jury international du futur Centre Pompidou et fait choisir le projet de Renzo Piano et Richard Rogers
- 1981
- Prix Érasme ; commandeur de la Légion d'honneur
- 1984
- Meurt à Nancy le 8 décembre, à quatre-vingt-trois ans
Bibliographie12
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