Nathan Chiche
Jean Prouvé, constructeur — 1901-1984 — Galerie Nathan Chiche
L'angle du préau : panneaux d'aluminium percés de hublots, lambris et béquille rouge
Le bâtiment

Jean Prouvé, constructeur — 1901-1984

Jean Prouvé n'a jamais été architecte, et il tenait à ce mot : il se disait constructeur. Fils de peintre, formé à la forge avant de l'être au calcul, il a passé sa vie à démontrer qu'un bâtiment pouvait sortir d'un atelier comme en sort une pièce de série, plié, boulonné, transportable, remontable ailleurs.

Son parcours tient dans un déplacement : de la ferronnerie d'art vers la tôle pliée. L'Exposition des arts décoratifs de 1925 lui fait abandonner le fer forgé pour la soudure et l'acier mince ; quatre ans plus tard il dépose ses premiers brevets sous le titre de constructeur, et fonde avec ses amis l'Union des artistes modernes. Meubles, cloisons, façades, maisons entières : tout sort des mêmes machines.

Les Ateliers de Maxéville, qu'il installe près de Nancy en 1947, sont le sommet de cette idée, une usine où l'on dessine et où l'on fabrique dans la même journée. C'est de là que sortent, en 1950, les deux écoles démontables de Bouqueval et de Vantoux. Deux ans plus tard, ses actionnaires lui en ferment la porte. Il en parlera comme d'une mort.

La seconde moitié de sa vie est celle d'un homme sans usine : un bureau d'études à Paris, le département bâtiment de la CIMT et l'invention du mur-rideau, une chaire au Conservatoire national des arts et métiers où il enseigne pendant treize ans à lire les objets techniques. En 1971, président du jury d'un concours parisien, il impose le projet de deux inconnus, Renzo Piano et Richard Rogers : le Centre Pompidou sera une structure d'acier, une façade modulaire, des plateaux libres. Ses principes, bâtis par d'autres.

La galerie occupe l'une de ses deux écoles. C'est la raison de cette page : on ne peut pas exposer dans une trame sans savoir qui l'a tracée.

La salle et son portique rouge, contreplaqué et hublots
Repères chronologiques1901 — 1984
1901
Naît à Paris le 8 avril, deuxième de sept enfants. Son père Victor Prouvé peint et préside l'École de Nancy ; sa mère Marie Duhamel est pianiste
1916-1919
Beaux-Arts de Nancy, puis apprentissage chez le ferronnier Émile Robert à Enghien-les-Bains : il apprend le métal par la main avant de l'apprendre par le calcul
1924
Ouvre son atelier de ferronnerie rue du Général-Custine, à Nancy — grilles, rampes et ferrures pour toute la Lorraine
1925
L'Exposition des arts décoratifs le détourne du fer forgé : il passe à la tôle pliée, à l'acier mince et à la soudure
1929
Membre fondateur de l'Union des artistes modernes. Premiers brevets déposés sous le titre de constructeur : cloisons mobiles, portes métalliques, fenêtres à guillotine
1931
Fonde les Ateliers Jean Prouvé, rue des Jardiniers. Le meuble et le bâtiment sortent désormais des mêmes machines
1936
Acquiert une presse capable de plier quatre mètres de tôle. Maison du Peuple de Clichy, avec Beaudouin, Lods et l'ingénieur Bodiansky
1939-1944
Des centaines de baraques démontables pour l'armée, puis production de guerre. Il entre dans la Résistance
1944
Nommé maire de Nancy à la Libération, de septembre au printemps suivant
1947
Les Ateliers quittent Nancy pour l'usine de Maxéville : on y dessine et on y fabrique dans la même journée
1950
Écoles démontables de Vantoux et de Bouqueval, avec Henri Prouvé. La même année, la Maison Tropique est montée à Maxéville avant de partir pour Niamey
1952
Ses actionnaires lui interdisent l'accès à Maxéville ; il démissionne. « Je suis mort en 1952 », dira-t-il
1954
Pavillon du centenaire de l'aluminium, cent cinquante mètres de long, monté en trois semaines sur les quais de Seine. Il se bâtit la même année une maison à Nancy, sur un terrain qu'on disait inconstructible
1956
Maison des jours meilleurs, réponse à l'appel de l'abbé Pierre : montée en sept heures, refusée par les services techniques
1957-1970
Chaire d'arts appliqués au Conservatoire national des arts et métiers. Au même moment, la CIMT lui confie son département bâtiment : c'est l'époque des murs-rideaux
1963
Prix Auguste-Perret, décerné par l'Union internationale des architectes
1971
Préside le jury international du futur Centre Pompidou et fait choisir le projet de Renzo Piano et Richard Rogers
1981
Prix Érasme ; commandeur de la Légion d'honneur
1984
Meurt à Nancy le 8 décembre, à quatre-vingt-trois ans

Bibliographie12

Ouvrages vérifiés un à un auprès de leur éditeur ou d'une institution. Les publications de galeries marchandes ont été écartées.

Peter Sulzer, photographies d'Erika Sulzer-Kleinemeier Jean Prouvé — Œuvre complète / Complete Works, 4 volumes : 1917-1933, 1934-1944, 1944-1954, 1954-1984 Birkhäuser, Bâle1999-2008 ↗ Jean Prouvé, reconstitution par Jean-François Archieri et Jean-Pierre Levasseur Cours du CNAM 1957-1970 — essai de reconstitution du cours à partir des archives Jean Prouvé Mardaga2002 (1re éd. 1990) ↗ Jean Prouvé, propos recueillis par Armelle Lavalou Jean Prouvé par lui-même Éditions du Linteau / Pavillon de l'Arsenal2001 ↗
Benedikt Huber et Jean-Claude Steinegger (dir.) Jean Prouvé — une architecture par l'industrie Éditions d'architecture Artemis, Zurich1971
Claire Stoullig et Catherine Coley (dir.) Jean Prouvé — catalogue de l'exposition du musée des Beaux-Arts de Nancy Somogy éditions d'art2012 ↗ Olivier Cinqualbre (dir.) Jean Prouvé, la Maison tropicale Éditions du Centre Pompidou2009 ↗ Olivier Cinqualbre Jean Prouvé, bâtisseur — collection Carnets d'architectes Éditions du patrimoine, Centre des monuments nationaux2016 ↗ Dominique Clayssen, préface d'Ionel Schein Jean Prouvé — l'idée constructive Dunod, collection Espace et architecture1983 ↗ Christian Enjolras Jean Prouvé — les maisons de Meudon, 1949-1999 Éditions de la Villette2003 ↗
Catherine Coley, Philippe Trétiack et Mark Wigley Jean Prouvé — architecte des jours meilleurs Phaidon2017
Nils Peters Prouvé — collection Basic Art Taschen2017 ↗
Collectif, Centre de création industrielle Jean Prouvé « constructeur » — catalogue de l'exposition, galerie du CCI Éditions du Centre Pompidou1990

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