Assoukrou Aké

Né en 1995 à Bonoua, Côte d'Ivoire. Vit et travaille à Paris.
Né en 1995 à Bonoua, en Côte d’Ivoire, Assoukrou Aké vit et travaille à Paris. Après un baccalauréat artistique en Côte d’Ivoire, il poursuit ses études en France, d’abord en histoire de l’art et archéologie à l’université Paris Nanterre, puis à l’École supérieure d’art et de design de Tours, dont il est diplômé en 2021. Ce passage par l’histoire de l’art n’est pas secondaire. Son travail conserve quelque chose de cette attention portée aux images, à leur provenance, à la manière dont elles sont transmises, classées, reproduites, puis transformées lorsqu’elles changent d’époque, de territoire ou de contexte.
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Assoukrou Aké travaille la sculpture, l’installation, la gravure et le textile sans établir de hiérarchie entre ces pratiques. Elles se répondent, se prolongent et parfois se contredisent. La gravure porte avec elle la question de l’empreinte et de la répétition ; le textile engage celle de la transmission, du recouvrement, de l’assemblage ; la sculpture introduit le poids, le volume, la présence physique. Ces médiums ne sont donc jamais de simples supports. Ils participent pleinement à la manière dont l’artiste interroge ce qui demeure d’une histoire lorsqu’elle a été déplacée, fragmentée ou partiellement effacée.
Depuis plusieurs années, Aké construit ce qu’il appelle un « récit de guérison ». Le terme pourrait laisser croire à une volonté de réparation. Il désigne plutôt une manière de revenir vers certaines histoires sans prétendre les résoudre. Son histoire familiale, les silences qui l’accompagnent, les déplacements entre la Côte d’Ivoire et la France se mêlent à des récits plus vastes : ceux de la colonisation, des représentations de l’Afrique, de la médecine, de la violence politique ou encore de la transmission. Le personnel n’est jamais très loin, mais il ne prend pas la forme d’une confession. Aké s’en sert comme d’un point d’entrée vers des récits qui le dépassent.
Ses œuvres sont peuplées d’images qui semblent avoir déjà vécu plusieurs vies. Une référence à la mythologie africaine peut y côtoyer une gravure européenne, une photographie de presse, un motif religieux ou le souvenir d’un récit transmis oralement. Cela pourrait former un inventaire. Cela produit plutôt un palimpseste. Certaines images restent immédiatement reconnaissables ; d’autres semblent avoir perdu une partie de leur origine en chemin. Aké ne cherche d’ailleurs pas toujours à les réconcilier. Il préfère conserver quelque chose de leur étrangeté réciproque. C’est souvent dans cette proximité imparfaite, dans ce léger défaut d’ajustement entre deux régimes d’images, que son travail devient le plus précis.
Parmi les figures qui traversent régulièrement son œuvre, il y a ces personnages dont les visages sont remplacés par des spirales. On pourrait y reconnaître les cernes d’un arbre, une empreinte ou une manière de soustraire le visage à l’identification. Chez Aké, ces lignes parlent aussi du temps et de la filiation. Elles font du visage moins un portrait qu’une surface d’inscription. L’individu disparaît en partie, mais quelque chose de son histoire demeure. Ces figures sont anonymes sans être privées de mémoire.
Le cheval revient lui aussi fréquemment, notamment dans les gravures. C’est une figure ancienne, chargée : celle des conquêtes, des cortèges, de la puissance et des récits héroïques. Aké la reprend sans en conserver intacte la majesté. Ses chevaux semblent parfois porter le poids même de l’imaginaire qu’ils incarnent. Ils avancent avec l’histoire sur le dos. La puissance devient alors ambiguë : elle contient déjà la possibilité de sa chute.
Il existe, dans son travail, un goût évident pour ce qu’il appelle le « contre-geste ». Refaire une forme connue, mais autrement. Employer une matière là où on ne l’attend pas. Répéter un motif jusqu’à ce qu’il cesse de produire le même sens. Déplacer un symbole suffisamment pour que son évidence se trouble. Il parle également de « l’envers », non pas comme d’une réalité secrète qu’il faudrait révéler, mais comme de ce que l’on commence à voir lorsque l’on regarde une image depuis une autre histoire.
Cette attention au déplacement est essentielle. Aké ne détruit pas les images qu’il emprunte ; il les désaxe. Il leur retire provisoirement leur confort. Une forme historiquement dominante peut devenir fragile ; une matière réputée secondaire peut soudain occuper l’espace ; un symbole familier peut perdre son autorité lorsqu’il rencontre un récit qui lui était jusque-là étranger. C’est moins un art de la citation qu’un art du décentrement.
La mémoire apparaît dès lors moins comme un sujet que comme une méthode de travail. Elle revient par fragments, par répétitions, parfois par anamnèse. Rien n’est véritablement restitué dans son état premier. Les époques elles-mêmes se mêlent : le passé colonial, une mythologie plus ancienne, une expérience contemporaine ou une image trouvée aujourd’hui peuvent appartenir à une même œuvre. Cette hétérochronie donne à son travail une temporalité particulière. Le passé n’y est jamais mis à distance. Il insiste dans le présent.
« Les personnages que je fais exister dans mon travail constituent par fragment et par étoilement une archive de la conscience africaine qui mêle le sacré et le profane pour mieux révéler l’essence de la vie humaine, celle d’une identité parcellaire et à réinventer », explique l’artiste. Cette idée d’archive est importante, à condition de ne pas l’entendre au sens documentaire. Celle qu’Aké construit est lacunaire, subjective, parfois contradictoire. Elle rassemble justement ce qui résiste au récit unique.
Son travail tient peut-être là : dans cette volonté de ne pas combler trop vite les manques. Une histoire interrompue n’est pas reconstituée artificiellement. Une image blessée n’est pas rendue à son état d’origine. Aké travaille avec la lacune elle-même, comme si elle pouvait devenir une forme.
C’est ainsi qu’il faut comprendre son « récit de guérison ». Non comme la promesse de réparer ce qui a été brisé, mais comme la possibilité de produire quelque chose à partir de ce qui demeure incomplet. Chez lui, l’œuvre ne vient pas refermer l’histoire. Elle lui donne une autre surface sur laquelle continuer d’apparaître.
Lauréat du prix ellipse en 2022, Assoukrou Aké a participé à plusieurs programmes de résidence et son travail a été présenté en France, en Côte d’Ivoire, au Togo, en Allemagne, en Espagne et en Chine. Parmi ses présentations récentes figurent Bleu de Chine à Yishu 8, Paris, et Ce qui brille derrière la nuit à la Maison des Arts de Yishu 8, en Chine, en 2026 ; El Árbol – Raíces, Conexión y Trascendencia à la Casa de Velázquez en 2025 ; Les graines de semence ne doivent pas être moulues à la Galerie Cécile Fakhoury, Abidjan, en 2024 ; La noche de la frontera à Madrid, Jeune Création à l’Espace Niemeyer et Moi – L’autre aux Ateliers du Plessix-Madeuc en 2023. Son travail a également été présenté dans le cadre d’AKAA avec Ellipse Art Projects, de la Biennale artpress au MO.CO. Montpellier, d’EUARCA+ en marge de documenta fifteen à Kassel et de l’exposition About Now #2 à la Galerie Cécile Fakhoury à Abidjan en 2022.
教育背景 5→
- 2026
- Modeleur BIM du bâtiment, HUPSO, Paris
- 2023
- Bachelor, design d'espace (2e et 3e années), École supérieure d'art ESDAC, Lille
- 2021
- DNSEP, option art, avec les félicitations du jury, École supérieure d'art et de design TALM, Tours
- 2019
- DNA, option art, avec les félicitations du jury, École supérieure d'art et de design TALM, Tours
- Histoire de l'art et archéologie, Université Paris Nanterre
个展 6→
- 2027
- Theobroma Cacao, Posologie des trois mondes, Galerie Cécile Fakhoury, Abidjan (à venir)
- 2026
- Bleu de Chine, Yishu 8 × Tante Martine, Paris
- 2025
- Ce qui brille derrière la nuit, Maison des Arts de Pékin, Yishu 8, Pékin, Chine
- 2024
- Les graines de semence ne doivent pas être moulues, Galerie Cécile Fakhoury, AbidjanL'histoire s'affiche sur les murs, Le 6b, Saint-Denis
- 2022
- Car Dieu a tant aimé le monde, AKAA (Also Known As Africa), avec Ellipse Art Projects, Paris
群展(选录) 37→
- 2026
- Paris noir, Centre Pompidou × Fondation Clément, Martinique (décembre)Stereo Fetish, Musée Adama Toungara, Abobo, Côte d'Ivoire (novembre)Créolisation, Atelier Fabien Hulin, Saint-Ouen (octobre)Nourrir les débris, Ancienne brasserie de l'Atlas, Bruxelles (octobre)Ellipse, Ellipse Art Projects, Carreau du Temple, Paris (octobre)Le temps du rêve de l'enfant, Galerie Cécile Fakhoury, AbidjanLa vie climatique, triennale de l'ADIAF, [mac] musée d'Art contemporain, MarseilleBabel bleu, Yishu 8, Wilde, Paris
- 2025
- Echo Nest, A4 Art Museum, Chengdu, Sichuan, ChineEl Árbol – Raíces, Conexión y Trascendencia, Casa de Velázquez, MadridKaléidoscope 2, Pavillon Comtesse de Caen, ParisTactical Specters, La Ferme du Buisson, Noisiel
- 2024
- ArtLibris, ARCO Madrid × Casa de Velázquez, MadridKaléidoscope 1, Casa de Velázquez, MadridMémoire d'un écho, Nuit blanche, Lou & Lou Foundation × Casa de Velázquez, la Conciergerie, ParisAsí que pasen diez años, Galería Silvestre, MadridTransformer.S, Collection Lambert, AvignonMythologieS, Centre culturel Georges-Ginesta, Saint-RaphaëlLa Sagrada Familia Is Under Construction, Fundación Sandretto Re Rebaudengo × Ateneo de MadridApparitions, Galerie Cécile Fakhoury, Paris
- 2023
- La noche de la frontera, Casa de Velázquez × Institut français de MadridJeune Création, 73e édition, Espace Niemeyer, ParisMoi – L'autre, Ateliers du Plessix-Madeuc, BretagneRefuges, Galerie Cécile Fakhoury, Paris
- 2022
- Le Clou 13, biennale des Amis du musée d'Arts de Nantes, L'Atelier, NantesLes Vibrations du monde, Galerie du passage Chabrier, Saint-Pierre-des-CorpsArtMessiamé, Musée Paul Ahyi, Lomé, TogoEuropean Art Camp + (EUARCA+), en marge de documenta fifteen, Kassel, AllemagneAprès l'école, 2e Biennale artpress, musée Fabre, MO.CO. Panacée et Espace Dominique-Bagouet, MontpellierAbout Now #2, Galerie Cécile Fakhoury, Abidjan14e prix ICART Artistik Rezo, Fluctuart, Paris
- 2021
- 5e prix Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Paris6e prix Juvenars-IESA, galerie de l'IESA, ParisTravelling danses, Université Toulouse-Jean-Jaurès, ToulouseBird Sing, journée professionnelle de l'ESAD TALM, Tours
- 2019
- Oh les beaux jours !, Ancienne imprimerie Mame, ToursHiérarchie et politique du vivant, colloque-exposition, ESAD TALM, Tours
奖项 8→
- 2024
- Prix Yishu 8, lauréatPrix Art Éco-Conception, Art of Change 21 × Palais de Tokyo, lauréat
- 2023
- Nommé pour le 4e Henrike Grohs Art AwardPrix indépendant du 6b, lauréat
- 2022
- Prix ellipse, lauréatPrix du public ICART Artistik Rezo, lauréat
- 2021
- Nommé pour le 5e prix Paris 1 Panthéon-SorbonneNommé pour le 6e prix Juvenars-IESA
驻留项目 9→
- 2026
- Résidence Polyominos, Nancy
- 2025
- Yishu 8, Maison des Arts de Pékin, ChineThread, Fondation Josef et Anni Albers, Sinthian, Sénégal
- 2024
- Fondation Pilar et Joan Miró, Majorque, Espagne
- 2023
- Casa de Velázquez, MadridAteliers du Plessix-Madeuc, Bretagne
- 2022
- ArtMessiamé, Musée Paul Ahyi, Lomé, TogoEUARCA+, en marge de documenta fifteen, Kassel, Allemagne
- 2021
- Ateliers de la Morinerie, Saint-Pierre-des-Corps
Collections 6→
- Fondation Pilar et Joan Miró, MajorqueCasa de Velázquez, MadridFondation Société Générale, Côte d'IvoireEllipse Art Foundation, FranceInstitute Museum of Accra, GhanaAfrica First, Israël
出版物 6→
- 2026
- Précis d'anatomie et d'une dissection, monographie, Nancy, Les Presses des Pionniers, 2026. Textes d'Edem Allado, Oulimata Gueye, Smaïl Kanouté et Ludovic DelalandeDe leur temps. La vie climatique, ADIAF, Silvana Editoriale
- 2024
- Kaléidoscope, artistes en résidence 2023-2024, Madrid, Casa de VelázquezNid d'artistes, Abidjan et CasablancaJean-Baptiste Naudy, « Les graines de semence ne doivent pas être moulues », texte de l'exposition, Galerie Cécile Fakhoury, Abidjan
- 2022
- DEAM Magazine, n° 1, mars 2022, Berlin
Conférences et rencontres 6→
- 2027
- « De la pratique au discours », ambassade d'Espagne en Côte d'Ivoire (janvier)
- 2026
- Lancement de Précis d'anatomie et d'une dissection, Palais de Tokyo, ParisTable ronde autour de Précis d'anatomie et d'une dissection, Wilde, Paris
- 2024
- Journée d'étude sur la gestion des différences en situation coloniale, Madrid
- 2023
- Viva Villa !, Gaîté Lyrique, Paris
- 2022
- Échange artistique, Cité internationale des arts, Paris