Nathan Chiche
Par cœur — Caroline Mesquita — Galerie Nathan Chiche
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Par cœur

Caroline Mesquita
7 novembre 2026 – 9 febbraio 2027
Par cœur
Vantoux · 1951

Presentata nella scuola di Jean Prouvé.

L'edificio →
Testo originale in francese

Les figures métalliques colorées de Caroline Mesquita peuplent une histoire dont chaque exposition semble ouvrir un nouveau chapitre. Leurs gestes, leurs postures et leurs échanges esquissent peu à peu un monde autonome, qui se prolonge à travers les sculptures, les vidéos et les installations immersives de l’artiste.

Dans l’ancienne école Jean Prouvé, une main monumentale nous accueille sous le préau, dès l’entrée. Placée devant un panier de basket, elle semble surprise par notre arrivée, comme saisie en pleine récréation. Le panier, à son emplacement d’origine, réveille la mémoire du lieu et rappelle que l’école est aussi faite de jeux, de récréations et de moments partagés. La main, figure du faire si chère à l’artiste, semble quant à elle désigner l’école comme un espace où les savoirs s’acquièrent aussi par le geste et l’expérience. Dans le couloir, une marqueterie représentant un gant semble faire écho à cette main. À gauche, les porte-manteaux ont gardé leur place. Le gant appartient-il à un enfant qui l’aurait accroché là avant d’entrer en classe ? On se souvient des manteaux suspendus côte à côte, des poches que l’on fouillait une dernière fois. Plus haut, une clef en marqueterie attire le regard. Elle demeure à distance, avec sa promesse d’ouvrir quelque chose.

La classe semble déjà vivre sans nous. Dès le seuil, nous éprouvons le sentiment de ne pas être tout à fait à notre place. Que venons-nous faire dans cette assemblée si joyeuse et animée ? Sur un tableau blanc de papier, des indications géométriques esquissent les formes à réaliser. Les sculptures métalliques disposées sur les tables révèlent peu à peu la nature de l’exercice : un atelier de loisirs créatifs consacré à la représentation de la figure humaine.

Installés aux pupitres d’époque dessinés par Jean Prouvé, les élèves semblent s’appliquer à reproduire la méthode inscrite au tableau. On retrouve dans leurs attitudes les gestes familiers de la classe : se pencher sur son travail, se tourner vers un voisin. Sur leurs tables, leurs créations, encore maladroites, prennent vie. Les sculptures paraissent animées, engagées dans des échanges silencieux. On éprouve presque une gêne à circuler entre elles, comme si notre présence venait troubler un moment d’intimité et que ces figures, soudain timides, s’immobilisaient. Un regard, une posture, une orientation suffisent à suggérer une relation. L’enjeu semble alors se déplacer : il réside moins dans les sculptures prises individuellement que dans les liens qui se tissent entre elles, dans ce qui se joue entre les corps, les attitudes et les présences. Sur le mur du fond, le motif d’une radio, dessiné dans une marqueterie de métal, prête à cette vie collective une dimension presque sonore. L’installation semble ainsi retenir le murmure de conversations que notre arrivée aurait interrompues.

Dans la salle suivante, des robinets laissent échapper des gouttes de laiton. On retrouve presque la sensation de l’eau froide sur les mains, tandis que revient, dans le silence, le bruit d’un robinet mal fermé. La pièce évoque à la fois un lieu destiné aux enfants et une source originelle, où la matière semble naître et se transformer. Le métal garde la forme de ce qui coule, comme arrêté juste avant de tomber. Le laiton, matériau de prédilection de l’artiste, peut être refondu, réemployé et métamorphosé. Les techniques de patine en modifient aussi l’apparence, révélant des nuances et des états de surface qui renouvellent sans cesse notre perception.

Sur les murs, ce jeu de surfaces et de couleurs donne corps aux personnages des marqueteries de laiton patiné. Leurs gestes se fixent dans l’image ; seuls ou réunis en groupes, ils semblent poursuivre leurs échanges. Non loin de là, le métal recueilli dans un seau semble attendre de prendre forme à son tour. Auprès de ces figures déjà reconnaissables, il rappelle que la matière demeure ouverte à d’autres corps, à d’autres identités. Une question se dessine alors : nous, êtres humains, sommes-nous capables de nous réinventer avec la même liberté ?

Dans le second bâtiment, la séance de cinéma semble déjà avoir commencé. Des spectateurs métalliques occupent les sièges, absorbés par la projection ; nous prenons place à leurs côtés. À l’écran, figures humaines et créatures métalliques partagent les situations et les rôles, sans qu’aucune hiérarchie ne semble s’établir entre elles. Toutes peuvent incarner un personnage et prendre part à une histoire. Les créatures de l’artiste deviennent spectatrices, actrices et, peut-être, les protagonistes de leur propre récit. Nous étions venus les regarder ; nous regardons maintenant avec elles.

Le titre Par cœur résonne entre la classe et l’écran. Il renvoie à l’apprentissage et à la mémorisation, mais aussi au cinéma, où chacun endosse un rôle et apprend à incarner une identité. Le cœur évoque également le vivant, les émotions et cette part singulière de l’expérience humaine qui échappe en partie à toute tentative de formalisation. Apprendre par cœur, jouer un rôle, donner forme à une émotion : autant de gestes qui traversent l’exposition et interrogent les frontières entre imitation, incarnation et invention.

Sommes-nous plongés dans la matrice de l’artiste, au cœur d’un univers peuplé de ses multiples personnalités ? Ses créatures semblent s’imaginer capables de se réinventer elles-mêmes, comme si leur existence pouvait désormais se poursuivre indépendamment de celle de leur créatrice. À l’heure où l’intelligence artificielle renouvelle nos interrogations sur la création et la reproduction du vivant, cette impression d’autonomie prend une résonance particulière. Pourtant, tout en elles rappelle la matière et le travail des mains. Leurs formes imparfaites, leurs silhouettes parfois hésitantes, leurs découpes et leurs oxydations leur prêtent une personnalité qui semble émerger de leurs aspérités mêmes. Nous reconnaissons une attitude, une expression, une manière de se tenir auprès des autres. Face à l’image lisse d’un monde entièrement virtualisé, leur présence demeure fragile, expressive et singulière. Ces figures nous renvoient peut-être à ce désir ancien de l’humain : reproduire son apparence et prolonger sa présence au-delà de lui-même, par la peinture, la sculpture, la photographie, le cinéma ou les images virtuelles.

Mais que reste-t-il de nous lorsque notre image devient autonome ? Et si, à force de vouloir représenter le vivant, nous avions fini par créer des figures capables, à leur tour, de nous regarder, de jouer et de se raconter leurs propres histoires ?

Opere esposte8

Caroline Mesquita, Foule, 2024
Caroline MesquitaFoule, 2024Cut, oxidised and patinated brass on panel80 × 120 cm (31.5 × 47.2 in.)
Caroline Mesquita, Personnage seul, 2024
Caroline MesquitaPersonnage seul, 2024Cut, oxidised and patinated brass on panel56.5 × 44 cm (22.2 × 17.3 in.)
Caroline Mesquita, Sceau, 2024
Caroline MesquitaSceau, 2024Cut, oxidised and patinated brass on panel56.5 × 44 cm (22.2 × 17.3 in.)
Caroline Mesquita, Échassier bleu, 2024
Caroline MesquitaÉchassier bleu, 2024Cut, oxidised and patinated brass180 × 40 × 50 cm (70.9 × 15.7 × 19.7 in.)
Caroline Mesquita, Manuela, 2021
Caroline MesquitaManuela, 2021Cut, oxidised and patinated brass180 × 40 × 50 cm (70.9 × 15.7 × 19.7 in.)
Scheda

Manuela has turned her head. This slight movement is enough to give brass the bearing of a person. Her long arms fall on either side of a garment with overlapping panels; her golden legs extend the silhouette to the floor. She seems to have paused mid-stride to listen. We arrive in the midst of a scene whose opening words we have missed.

Caroline Mesquita allows each cut, each fold, to suggest a gesture. The metal curls into a hollow head, unfolds into fabric, narrows at the wrist. A few delicate tendrils escape behind the absent face. This almost mischievous detail holds our attention: a singular grace emerges from this metamorphosis, while the figure’s stance conveys a velleity of movement. The body seems poised to resume an action suspended by our arrival.

“There is a life of forms,” wrote Balzac in The Wild Ass’s Skin. Before Manuela, these words acquire a particular resonance. Across the torso, oxidation draws turquoise streaks through shades of brown. A golden lustre emerges along the edges, lingers in the hollows, and runs down the legs. Light travels across this brass skin, continually renewing its reflections. Manuela keeps her silence. Yet we find ourselves searching for her gaze where the metal opens onto emptiness.

Caroline Mesquita, Gant, 2024
Caroline MesquitaGant, 2024Cut, oxidised and patinated brass on panel56.5 × 44 cm (22.2 × 17.3 in.)
Caroline Mesquita, Hand, 2021
Caroline MesquitaHand, 2021Cut, oxidised and patinated brass205 × 70 × 30 cm (80.7 × 27.6 × 11.8 in.)
Scheda

Hand rises from the floor as though an immense body lay buried beneath it. Taller than the viewer, the hand raises its fingers and presents its palm. A greeting, a warning, a silent plea? The gesture is familiar, yet its scale holds its meaning in suspense. We approach with the hesitation that sometimes precedes a first touch.

Caroline Mesquita gives brass a singular plasticity. Rolled into cylinders, sheets of metal become fingers; their seams suggest joints. Overlapping planes cross the palm, somewhere between folds of skin and fragments of armour. Everything seems constructed for a movement still to come. The hand might close, restrain, protect. Oxidation darkens certain surfaces, leaving coppery hues, while light lingers along the golden edges. Our gaze traces these irregularities like the lines of a palm in which we might seek to read a destiny.

“What hands are here!” exclaims Macbeth, overcome with horror at the sight of his own hands. His words find an echo here in the uncanniness of a bodily fragment that has acquired a presence of its own. To whom does this hand belong? What gesture has it just performed? Yet the slight irregularity of its fingers lends it something vulnerable, almost tender. Its palm remains open. We stand before it, in the fragile interval between what might welcome us and what might hold us back.

Caroline Mesquita, Robinet, 2024
Caroline MesquitaRobinet, 2024Stainless steel and brass20 × 5 cm (7.9 × 2 in.)
Collezionisti

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